La colère d’Azel #5
Quelques jours plus tard, le tout petit oiseau bleu revient.
– Donne-moi ta colère. Ce n’est pas la tienne.
Tes parents se sont enfermés au pays des cris. Tu ne peux rien pour eux.
Mais toi, tu es libre de quitter ce lieu.
En échange, je te donne ça.
C’est comme un grand remuement intérieur.
Azel plisse serre les yeux aussi fort qu’il peut
mais une larme passe, puis deux, puis une autre encore
ça brille liquide sous ses paupières, roule le long de ses joues.
Le tout petit oiseau bleu s’envole. Il est devenu noir.
Azel pleure longtemps
pour la première fois depuis les premiers cris.
C’est doux les larmes, il se dit.
A l’intérieur de lui quelque chose s’en va
très doucement, comme sur la pointe des pieds.
Azel ne confond plus grosse colère et vraie tristesse.
Autour de lui, plus de jouets cassés
il a tout jeté ou réparé.
Il sait au fond il a compris
les grands n’ont pas appris à finir.
Le chant de l’oiseau bleu est là, qui le lui rappelle.
La colère réécrit en noir les plus belles histoires
mais Azel choisit la couleur pour les siennes à venir.
Azel est devenu très silencieux et beaucoup plus calme.
Ses mots n’ont pas encore trouvé le chemin mais ses poings se sont tus.
Il s’occupe de garder en lui le chant de l’oiseau bleu
pour chasser les cris du soir
il fait provision de douceur chaque fois qu’il peut.
Rose est de retour à l’école
un ballon rouge à hauteur du cœur.
– J’ai rêvé de toi, dit-elle, tu avais un oiseau bleu sur l’épaule.
Tu joues avec moi ?
Fin
